jeudi, juin 22, 2006

Président de l’AMDH

Abdelhamid AMINE
Président de l’AMDH
aminabdelhamid@yahoo.fr




Quelle place pour la femme au sein de l’AMDH ?




Il s’agit ici de l’Exposé de Mr Abelhamid AMINE, président de l’AMDH fait dans le cadre de l’atelier Droits des Femmes organisé à l’occasion de la 7ème assemblée générale du Réseau Euroméditerranéen des Droits de l’Homme tenu à Madrid du 11 au 13 mai 2006.

1. En guise d’introduction :
L’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) est une organisation généraliste s’occupant de la protection et de la défense des Droits Humains dans leur universalité et leur globalité.

Elle a été créée le 24 juin 1979 ; actuellement elle dispose de 67 sections locales, 8 sections régionales et compte 7000 membres environ dont un millier de femmes.

Au départ l’AMDH axait son travail essentiellement sur les violations graves liées à la répression politique : détenus politiques, syndicalistes et militaires, disparus, exilés, syndicalistes licenciés, victimes de la répression des soulèvements populaires.

Au début de l’activité de l’AMDH, à savoir durant les dix premières années, la plupart des femmes adhérant à l’association étaient des membres des familles des victimes de la répression : épouses, mères, sœurs, filles, etc…)

Au début aussi, il y avait très peu de femmes parmi les responsables nationaux (en tout cas aucune femme au Bureau Central avant le 3ème Congrès de Décembre 1991) ou au niveau des bureaux des sections locales de l’AMDH.

La question de l’égalité homme-femme dans tous les domaines n’était pas posée avec acuité : je donnerai deux exemples :
- Dans le Bureau central d’avant le 3ème Congrès on trouvait parmi les membres du Bureau quelques uns qui au nom de la Charia Islamique s’opposaient à des positions découlant de l’universalité des Droits Humains dont certains aspects de l’égalité homme-femme.
- Au début des années quatre vingt dix on s’est retrouvé avec un président d’une section importante de l’AMDH qui était bigame ; une discussion très rude s’est engagée au niveau du Bureau Central de l’association pour savoir si l’on devait l’écarter de l’AMDH ou pas ; il a finalement été écarté mais avec difficulté.
On s’est retrouvé, il y a quelques mois, en février dernier face à un problème similaire ; on a de nouveau découvert qu’un membre de l’AMDH dans une petite ville, était lui aussi bigame ; cette fois tout le monde au Bureau Central et sans hésitation était pour son éviction de l’association ; un débat a eu lieu pour savoir si l’on devait en faire une affaire en annonçant publiquement son exclusion et provoquer ainsi un débat national sur cette affaire ou se contenter de l’écarter sans créer de vagues ; c’est dommage que ce soit cette 2ème position qui ait prévalu.

2. Le premier tournant dans l’attitude de l’AMDH sur le rôle et la place des femmes allait s’opérer en décembre 1991 date du 3ème congrès national.
— Ce congrès fut celui de la clarification sur plusieurs points :
- Adoption des principes de base de l’action de l’AMDH : l’universalité des Droits Humains, la globalité ou l’indivisibilité des Droits Humains, l’option pour la démocratie en tant que régime politique économique social et culturel et en tant que base de fonctionnement de l’AMDH, l’indépendance de l’AMDH vis à vis du Pouvoir et de tout parti politique, le caractère de masse du combat pour les Droits Humains, le caractère progressiste de l’association.
- L’importance accrue donnée aux droits économiques sociaux et culturels.
- L’importance accordée aux droits des femmes.
- L’adoption du principe de l’unité d’action avec les autres activistes des DH et les autres démocrates pour renforcer le combat pour les DH.
- L’élection d’une nouvelle direction fortement acquise aux principes et valeurs des DH.
— L’importance accordée aux droits des femmes et à la place de la femme au sein de l’AMDH s’est reflétée notamment par :
- La rentrée des femmes au Bureau Central pour la 1ère fois après 12 années et demie d’existence de l’association.
- Une augmentation sensible du nombre de femmes dans les bureaux des sections locales de l’AMDH.
- La mise en place d’une commission centrale de la femme auprès du Bureau Central et de commissions locales de la femme au sein des sections de l’association.
- Le recours à la technique du quota pour améliorer la représentativité des femmes au sein du congrès et dans la Commission Administrative élue par le congrès. Résultat : 10 à 15% de femmes congressistes ou membres de la Commission Administrative.
3. Le 2ème tournant dans l’importance accordée à la place et au rôle des femmes dans l’AMDH a été opéré par le 7ème congrès tenu en avril 2004 et les mesures prise à la suite de ce congrès :
— Participation féminine record au Congrès grâce au quota : 100 femmes congressistes sur 350 soit environ 28%.
— Election d’une Commission Administrative avec 15 femmes sur 60 membres soit 25%.
— Election d’un Bureau Central (organe exécutif élu par la Commission Administrative) avec 5 femmes sur 17 membres soit 28% et avec une femme vice présidente de l’AMDH.
— Institutionnalisation de la Rencontre Nationale annuelle pour des Droits des femmes. La 5ème Rencontre s’est tenue en février 2005 avec la participation de 150 membres de l’AMDH en provenance des différentes sections ; les hommes doivent représenter statutairement entre 25% et 33% des participants à la Rencontre Nationale pour les Droits des Femmes ; cette participation est nécessaire pour montrer que, dans les circonstances actuelles, si la défense des Droits des Femmes relève essentiellement des femmes, les hommes aussi ont le devoir de faire leur ce combat.
— Mise en place de mesures pour dynamiser la commission centrale et les commissions locales des femmes.
— Notons qu’un document de l’AMDH intitulé «l’organisation au service de l’action de masse pour les Droits Humains » a été adopté en octobre 2004 ; il comporte un certain nombre de mesures pour améliorer la place et le rôle des femmes au sein de l’AMDH :
-- Améliorer la représentativité des femmes dans les sections ; il n’y a pas si longtemps la majorité des bureaux des sections locales ne comprenaient aucune femme. Mais à partir du 7ème Congrès la situation a beaucoup changé :
q Il n’est plus permis de tenir une assemblée générale de la section s’il n’y a aucune femme présente ; ainsi donc pour atteindre le quorum dans une assemblée générale de section, il faut qu’il y ait à la fois la majorité des membres de la section et la présence féminine.
q A partir d’octobre 2005 tout Bureau de Section renouvelé doit avoir au moins une femme membre.
q A partir d’octobre 2006 tout bureau de section renouvelé doit avoir au moins 25% de femmes membres.
-- A la veille du 8ème Congrès (Avril 2007) le nombres de femmes adhérant à l’AMDH devra être de 25% alors qu’il n’est que de 14% actuellement (1000 sur 7000 membres) ; cet objectif constitue un véritable défi ; c’est pour cela que nous avons avancé le mot d’ordre : « Chaque membre de l’association devra œuvrer au recrutement d’une femme durant l’année 2006 ».
-- Le nombre de congressistes femmes devra atteindre au moins un tiers du nombre total des délégués au 8ème Congrès d’avril 2007.
-- L’objectif stratégique fixé par l’AMDH est la parité hommes-femmes aussi bien au niveau des membres que des responsables.
-- Parmi les facteurs pouvant aider à améliorer la représentativité féminine :
q l’instauration d’un prix pour les deux meilleures sections dans l’activité pour les Droits des Femmes ; cette initiative aura lieu pour la première fois en février 2007.
q Le combat à mener contre l’idée de « spécificité régionale », argument fallacieux évoqué par les militants paresseux ou machistes pour se dérober à leur devoir dans la promotion du rôle de la femme au sein de l’AMDH.
q Le rajeunissement de l’AMDH à travers le recrutement massif des jeunes : on sait que les jeunes (lycéens, étudiants, diplômés chômeurs, travailleurs) quand ils viennent à l’AMDH sont pour moitié des hommes, et pour moitié des femmes. Le rajeunissement de l’AMDH est donc un facteur essentiel de sa féminisation et vice versa, la féminisation de l’AMDH contribue énormément à son rajeunissement.

4. Autres actions pour la protection et la promotion des Droits des Femmes :
— pour le suivi des violations concernant les Droits des femmes, l’AMDH a décidé d’attribuer ce travail à la commission des femmes au lieu du comité de suivi des violations en général qui s’en chargeait auparavant (avant 1998) ; cette mesure a été prise pour éviter de noyer les violations spécifiques aux femmes dans les violations générales.
— Dans les cursus de Formation Générale aux Droits Humains (Universités de l’AMDH) un volet spécifique est consacré aux droits des femmes. La même idée se retrouve au niveau des rapports annuels sur les Droits Humains au Maroc et dans les rapports parallèles aux rapports officiels.
— Depuis quelques mois, on commence a exiger la parité totale hommes-femmes dans les rencontres de débat (Conférence Nationale) ou réservées à la formation.
— Cette idée de parité a été également adoptée pour les 2 grands projets Prométhée (Formation de 2000 lycéens de 15 à 18 ans) et Averroès (formation de 2000 enseignants) dont la phase pilote s’est déroulée en 2005 et dont la réalisation débutera cette année.
— Pour ce qui est des revendications de l’AMDH dans le domaine des Droits Humains, elle ne se contente pas des revendications générales (dont font partie les revendications concernant les droits des femmes) mais chaque année l’AMDH présente aux autorités à l’occasion du 08 mars un dossier revendicatif spécifique détaillé concernant les droits des femmes.
— Chaque année et pendant une quinzaine de jours l’AMDH, tant au niveau central qu’au niveau des sections commémore la journée mondiale de la femme, seule ou en réseau, y compris en organisant des sit-in.
— Le travail en réseau concernant les droits des femmes :
- Pour les activités à l’occasion du 08 mars.
- L’existence d’un réseau pour la lutte contre la pauvreté des femmes.
- L’existence aussi d’un réseau oeuvrant à l’application de la législation du travail aux femmes ; y participent des organisations généralistes des droits humains, des organisations de femmes, des syndicats.

5. Pour conclure, je signalerai que malgré tous ces efforts et malgré ces résultats, beaucoup reste à faire pour arriver à la parité totale – organisée, puis spontanée – et à l’égalité homme-femme, surtout que nous luttons à contre courant, le courant dominant étant représenté d’une part par les forces conservatrices qui constituent la base du pouvoir politique actuel, et d’autre part par l’islamisme intégriste dont l’influence s’est beaucoup étendue ; par ailleurs notre propre formation sur la perspective genre reste encore soit insuffisante soit théorique : comment l’intégrer dans notre action pratique de chaque instant, dans notre discours, nos écrits, dans l’affectation des budgets ? le réseau Euromed pourrat-il nous aider dans ce domaine ?

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